Pourquoi j’ai été refusé de plusieurs associations en tant qu’écoutant ?

refus écoutant

SeConfier propose à chacun d’accéder à une écoute bienveillante. SeConfier est né d’une forte volonté de notre part d’aider, de contribuer à vaincre la solitude, d’avoir de l’influence dans cette lutte.

 

Ma démarche pour être écoutant

Des dizaines de gens formidables ont déjà lancé des associations avec un objectif similaire et ils font un travail extraordinaire depuis des années. Nous considérons notre projet comme complémentaire et il s’appuie sur le travail déjà réalisé.

Je souhaitais comprendre comment sont organisés ces dispositifs, rencontrer les bénévoles impliqués dans ces projets et apprendre de leurs expérience tout en m’investissant moi-même dans l’une de ces associations.

J’ai donc décidé de postuler comme bénévole chez SOS Amitié.

 

SOS Amitié : première tentative

Cela me semblait tout naturel et je pensais que tout serait très simple. J’étais loin d’imaginer le chemin de croix que j’allais alors vivre.

Pour commencer, je me rends donc sur le site internet de l’association et j’envoie ma demande de bénévolat. Je reçois en retour un message m’indiquant que quelqu’un va me contacter pour commencer le processus de recrutement. Je suis tout excité ! J’ai hâte de pouvoir les rencontrer et montrer ma motivation.

On me convoque pour un premier entretien. Deux femmes d’un âge honorable me reçoivent. J’imagine tout de suite qu’elles doivent être de formidables écoutantes : elles m’inspirent confiance, je me sens bien en leur présence, je me sens écouté, compris, à l’aise.

Naturellement, je parle donc de tout : mon histoire, mon vécu, mes motivations. On parle de ce que c’est qu’être bénévole chez SOS Amitié : l’engagement sur deux ans, 4h par semaine, dont une fois par mois une écoute le weekend et une autre le soir. Des écoutes que j’imagine plus ou moins douloureuses jusqu’à celles qui doivent être vraiment terribles : certaines personnes suicidaires appellent après avoir ingéré des médicaments, uniquement pour passer le moment de lucidité qu’il leur reste auprès de quelqu’un.

Je suis conscient des engagements et heureux de pouvoir échanger de cette façon avec ces personnes formidables.

Quelques semaines plus tard, je passe le deuxième entretien. Cette fois, c’est avec un homme et une femme. L’homme est un peu intimidant, austère et son ton est moins chaleureux. Très vite, je comprends le point qui le gêne : mon jeune âge. Est-ce raisonnable d’être confronté au vécu et aux souffrances de tant de personnes lorsqu’on a seulement 22 ans ? Est-ce qu’on a suffisamment vécu à cet âge pour avoir du recul ?

Ces questions sont légitimes et je pense y répondre avec conviction. J’avance alors certains arguments : “Il n’y a pas d’âge pour vivre véritablement” ou encore “Certains auront à 18 ans plus de recul sur leur vie que d’autres à 60 ans.” Mon interlocuteur ne semble pas tout à fait convaincu. A chaque fois que la femme aborde la suite des événements, la formation, l’homme ne peut s’empêcher d’ajouter “Oui, enfin… si vous êtes sélectionné”. Il me demande d’ailleurs comment je réagirais si je n’étais pas choisi.

Je repars de l’entretien avec un sentiment partagé.

Quelques semaines plus tard, la réponse tombe comme un couperet : je ne suis pas accepté. Au téléphone, on m’explique qu’il vaut mieux que je prenne du temps pour moi, pour profiter de mes jeunes années avant de vouloir aider les autres, mais que si je le souhaite, je pourrai revenir vers eux plus tard. Je comprends leur décision. Ils sont responsables de tout ce dispositif et préfèrent ne pas m’impliquer pour le moment. Ils estiment que j’ai le temps.

C’est tout de même un comble, mon histoire quand on y pense. Je lance une entreprise sociale et solidaire basée sur l’écoute alors que je ne suis même pas accepté comme bénévole écoutant dans une association.

Mais cela m’aide à prendre du recul en tant qu’écoutant mais aussi dans le recrutement des écoutants SeConfier.

Après l’épisode SOS Amitié, je ne désespérais pas de trouver une association à qui je puisse consacrer du temps.

 

La Porte Ouverte : deuxième tentative

Je contacte alors l’association La Porte Ouverte, qui fait de l’écoute en face à face, dans des permanences à Paris. Très intéressant de découvrir ce dispositif différent d’une écoute par écran interposé.

Je recommence donc le même parcours : prise de contact, appel téléphonique, entretien. Téléphoniquement, tout se passe bien. Je me rends donc à leur permanence pour le premier entretien physique. J’y rencontre Anne, bénévole pour LPO. Mais je sens au premier regard que quelque chose ne va pas. On s’installe dans un café tout proche. Nous avions déjà communiqué par mail, elle commence à me questionner. Puis elle revient sur un point : « Au fait, je suis gênée, je n’arrive pas à trouver votre âge. Je vous ai déjà posé la question, non ? » Non, le sujet n’a pas été évoqué jusqu’à maintenant. « Mais quel âge avez-vous ? » Je réponds fièrement que j’ai 22 ans. « Oh ! Mais on ne recrute personne qui a moins de 30 ans ».

Anne est gênée, elle s’excuse de ne pas avoir évoqué le sujet plus tôt. Personnellement, je suis presque amusé. Au moins, c’est clair. Il me manque huit années de “vécu” pour pouvoir postuler. Le temps de finir nos cafés, la discussion se porte sur mon projet SeConfier et sur ce que nous proposons en pilote à Centrale. On se quitte navrés mais heureux de cet échange.

Et ça ne s’arrête pas là : je contacte encore d’autres associations et la réponse est toujours la même. Je suis trop jeune ! Je suis de plus en plus amusé par ces réponses et par mon entêtement qui ne paiera finalement pas.

Je finis par m’y résoudre : je ne serai pas bénévole écoutant dans une autre structure que la mienne. Je change donc d’approche et recontacte les associations, en leur proposant cette fois d’échanger sur le projet SeConfier.

Je commence par rappeler Anne de l’association La Porte Ouverte. On discute longuement du projet, de sa viabilité économique, de sa complémentarité avec les dispositifs existants. L’échange est agréable, fluide, exit mon jeune âge et mon potentiel recrutement. Quelques jours après, je rencontre  Pierre, le président de l’association. On peut alors véritablement échanger sur un même pied d’égalité. On parle de nos écoutes respectives, des moments difficiles, des moments plus agréables. La spécificité de nos actions : en face à face ou par internet. Pierre me dit que je devrais pouvoir assister à leur formation. Mais que cela reste à confirmer. Les personnes qui participent à la formation s’engagent normalement dans un projet commun avec l’association. Il ne faut pas mettre en péril cet équilibre.

Je lui propose alors de mettre à disposition de son association une plateforme spécifique SeConfier : former ses bénévoles, les positionner sur une plateforme et proposer au public accompagné par La Porte Ouverte une écoute en dehors des horaires de la permanence. Je vois ses yeux s’illuminer. « C’est génial ! »

Il est convaincu par la simplicité du dispositif et les perspectives qu’il ouvre.

Quelques jours plus tard, c’est parti : seconfier.com/laporteouverte est en ligne avec Pierre comme premier écoutant.

La suite est encore à écrire !

Je retiens de cette aventure plusieurs choses. La première, c’est la position d’humilité dans laquelle elle m’a placé. Je ne rentre pas dans le cadre établi par ces associations et je dois accepter d’être refusé de leur dispositif.

La seconde, c’est de voir que ma persévérance n’était pas synonyme d’entêtement. Je vais pouvoir obtenir le lien et l’échange que je souhaitais, d’une autre manière que celle que j’envisageais. Je n’ai pas pu rentrer par la petite porte, je m’en suis donc créée une adaptée à mon profil.

La troisième leçon que j’en tire, c’est que l’on gagne à travailler ensemble, entre personnes partageant un objectif commun. Certaines associations ont une expérience incontestable, des années de pratique, de connaissances et des bénévoles compétents. Nous avons l’insouciance, la volonté et une approche complètement nouvelle de cette problématique. Et tellement à gagner à rapprocher ces deux mondes.

Je tiens à remercier toutes les associations que j’ai rencontrées jusqu’à maintenant, et celles à venir, pour leur gentillesse, leur accueil, et les échanges que l’on a pu avoir.

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