Quelle est l’histoire de l’origine de SeConfier.com ?

mort etoile

Thank you for smoking

2015. Juin. Paris. 20ème arrondissement. Rue des Gatines. Numéro 12. 5ème étage. Porte de gauche. Allongé sur le canapé. 21h. Il fait chaud. Télé allumée. Le téléphone sonne. Mon père.

Après plusieurs minutes de « et le travail ça va ? et la famille ça va ? et toi ça va ? », je sens qu’il y a une étrange musicalité dans sa voix. Comme quand tu entends du jazz pour la première fois : c’est de la musique mais organisée différemment.

Là, avec son (non) tact légendaire, il me dit : « j’ai un cancer… ».

 

Le Grand Bleu

Bug de mon cerveau. Ecran bleu. Trou noir.

grand bleu

J’entends des voix lointaines.

Ah oui le jazz, le téléphone, mon père… « Allo ! T’es encore là ? ». J’émerge ou j’atterris, je ne sais plus. Retour sur mon canapé.

Il me dit ensuite qu’il le sait depuis plusieurs mois, que c’est un cancer des poumons, qu’il a déjà commencé une chimio, qu’il n’a plus de cheveux, et que personne n’est au courant. Oui, ne rien dire à ses proches est une grande tendance au Maroc.

 

Il est où le m’agneau ?

Les jours d’après, je me souviens m’être dit : « il a dit qu’il faisait de la chimio, donc il se soigne, et maintenant plein de cancers se soignent très bien, non ? ». En fait, je n’en savais rien, je n’y connaissais rien et au fond est ce que je voulais vraiment savoir… Ladies & gentlemen, je vous présente le Déni !

Et puis, à force d’entendre ma copine me dire « Heu… Réda, je pense que tu devrais vite aller au Maroc » (d’un ton grave), je décide de commencer des recherches pour améliorer ma connaissance quasi-nulle sur cette charmante thématique.

 

Hasta la vista baby

Quand tu cherches sur Google un sujet relatif à la santé, quel est le premier lien que tu vois ? Bien vu ! Doctissimo… Déjà quand tu as mal à la tête et que tu vas sur ces forums tu penses que tu as un cancer, alors que je te laisse imaginer quand tu cherches le mot “cancer”.

Lors de ces investigations, le fait d’être à quelques clics de la vérité me terrorisait. J’ai compris qu’il y avait une seule question à se poser : le cancer est-il métastasé ? En d’autres termes, est ce qu’il s’est propagé ?

– réponse A : non → à bientôt peut-être

– réponse B : oui → adieu

 

Joyeux Anniversaire — Partie 1

Nous décidons avec mon père de faire venir ma soeur au Maroc pour fêter son anniversaire et de tout lui dire sur place. Mais les choses ne se sont pas passées exactement comme je l’avais prévu…

attente aeroport

J’arrive quelques heures avant ma soeur pour avoir le temps de discuter un peu avec mon père et évaluer la situation. Personne à l’aéroport. J’appelle mon père. Pas de réponse. Je rappelle. Pas de réponse. Il me rappelle. Il me dit qu’il s’est endormi et qu’il arrive dans une heure. Je me pose sur un banc dehors et je continue la lecture de “Who : The A Method for Hiring”.

 

Coup de grisou

Toutes les 5 min, je lève la tête pour vérifier si mon père est arrivé. A un moment, je vois une personne qui s’approche de moi. Fausse alerte, ce n’est pas lui. Je replonge dans mon bouquin. La personne approche et me dit « bah alors, tu dis pas bonjour ?! ». Je re-lève la tête. Mon cerveau (re)bug.

C’est bien mon père, je ne l’avais pas reconnu. Ses habits sont trop grands et sa casquette trop large masque en partie l’absence de cheveux. Je le prends dans mes bras, mon cerveau (re)(re)bug : du fait de la perte de dizaines de kilos, j’ai l’impression d’enlacer un inconnu, je ne retrouve plus les mêmes sensations d’épaisseur de corps.

Le téléphone sonne. Ma soeur est arrivée. F*** ! Je dis à mon père de retourner à la voiture. Elle ne peut pas le voir dans cet état sans que je lui parle avant.

Elle sort. Je lui raconte tout. Elle croit que je lui fais une blague. Je pleure. Elle réalise.

 

Fast Forward

Octobre 2015.

Aucun traitement disponible au Maroc ne marche, je le rapatrie chez moi à Paris. Nouvelle version de l’auberge espagnole : ma copine et moi dans le salon, mon père dans ma chambre et mon coloc dans sa chambre.

Côté professionnel, j’avais enclenché une levée de fonds de 500k€ avec IGLOO. En décembre, mon chômage allait s’arrêter. Il me restait 2 mois pour convaincre des investisseurs. Le souci était que la croissance de la boîte n’était pas au rdv pendant ces quelques mois.

Du coup, mon quotidien était un savant mélange de négociations avec des investisseurs, d’opérationnel dans la boîte et de gestion de mon père (chimio, préparation des repas, rdv avec les médecins, etc.).

Anecdote, lors d’un rdv avec un potentiel investisseur :

Lui : « Tu as l’air de te donner à fond pour le projet »

Moi : « Comment tu sais ? On vient de se rencontrer… »

Lui : « C’est facile ! Tu as vraiment l’air très fatigué, ca veut dire que tu te donnes à 1000% »

 

Joyeux Anniversaire — Partie 2

30 ans

5 décembre 2015.

Jour de mes 30 ans.

Jour du décès de mon père.

7 décembre 2015.

Signature d’une levée de fonds de 500k€.

 

Tout commence par une rencontre

Un jour, en soins palliatifs (centre hospitalier dans lequel on met le malade quand il n’y a plus rien à faire et où on attend qu’il meure), j’étais assis avec ma soeur dans le coin cafétéria lorsqu’un homme s’approche et commence à nous parler. On pensait évidemment que c’était le proche d’un malade. Il nous pose beaucoup de questions sur notre état, comment on vit ces moments, etc. Poliment, je m’intéresse à lui en lui demandant comment il va. Il me répond : « Tout va bien pour moi, je suis bénévole, je suis là pour aider les personnes qui traversent un moment difficile ».

 

Mermelak !

C’est le bruit que fait une grosse claque en marocain.

Ça ne faisait que quelques jours que je passais en soins palliatifs et je n’en pouvais plus. Ce bénévole, lui, avait fait le choix de venir plusieurs fois par semaine aider les proches de malades dans un endroit où plusieurs personnes meurent par jour. Je me sentais tout petit face à son empathie, sa bienveillance, sa générosité et son courage.

En quelques secondes, le prisme par lequel je regardais la vie, le quotidien, le futur, etc. changea radicalement.

empathie

Plusieurs semaines après la mort de mon père, je tournais toujours en boucle sur l’expérience que j’avais vécue. Je ressentais un étrange cocktail de sensations et, notamment, j’étais content d’avoir eu la chance de pouvoir échanger avec ce bénévole et, en même temps, j’étais en colère parce que je me sentais privilégié.

 

Pourquoi moi et pas les autres ?

Tout le monde passe forcément au moins une fois dans sa vie par un moment difficile… Bien sûr, on peut parler à de la famille, des amis ou un/une psy.

La communication avec la famille n’est pas toujours simple (jugement facile). Concernant les amis, soit nous n’avons pas envie de les accabler avec un sujet chiant/grave, soit il y a un manque d’empathie du fait de la particularité de la situation.

Pour ce qui est du psy, le souci c’est que toute la démarche en plus d’être tabou et chère, n’est pas forcément accessible.

Avec ce constat, je sens en moi une nouvelle flamme entrepreneuriale : mon but désormais est de donner accès à cette écoute à toute personne qui souffre de solitude et de mal-être, pour l’aider à en sortir.

C’est là qu’est né SeConfier.com : plateforme qui met en relation des écoutants bienveillants avec des personnes qui passent par un moment difficile afin qu’ils puissent tchatter gratuitement, anonymement et en toute confidentialité.

 

La boucle est bouclée

J’ai toujours pensé que la mort de quelqu’un était comme un appareil qu’on éteint. Pendant que c’est allumé, il y a de l’énergie et quand c’est éteint, il n’y a plus rien.

Aujourd’hui, je vois la mort plus comme une supernova : la mort d’une étoile libère une onde de choc qui favorise la formation de nouvelles étoiles.

C’est une sorte d’héritage.

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme (et se transmet…).

genese projet
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