Harcèlement scolaire – Des mots pour soulager les maux

harcèlement

Harcèlement : 3 critères

Le concept de harcèlement a été fondé par un chercheur scandinave, Dan Olweus, dans les années 1970. Après plusieurs études menées dans des établissements scolaires scandinaves, il a distingué le harcèlement de la simple violence perpétrée entre élèves. Il l’a défini selon trois critères :

  1. Le ou les agresseurs agissent dans une volonté délibérée de nuire (à nuancer cependant à cet âge);
  2. Les agressions sont répétées et s’inscrivent dans la durée ;
  3. La relation entre l’agresseur (ou les agresseurs) et la victime est inégale.

 

Là où jadis les élèves s’affrontaient dans des bagarres en duel ou par groupes d’individus de force quasi-égale, le harcèlement induit un rapport de force entre harceleur et harcelé, une domination de l’un sur l’autre.

Le harcèlement n’est ni plus ni moins qu’une succession de micro-violences (moqueries, bousculades, humiliations, vols de fournitures, mises à l’écart, sobriquets, intimidation, racket…) subies régulièrement par un élève au sein même de son établissement scolaire ou à ses abords. De nos jours, on estime à 10 % le nombre de collégiens victimes de ces violences.

Or, selon la Convention internationale des droits de l’enfant « tous les enfants du monde sont égaux et doivent être protégés contre la violence, la maltraitance et la discrimination. » (articles 2 et 3). « Tout enfant doit pouvoir bénéficier de la même instruction et pouvoir aller à l’école dans un environnement favorable à son apprentissage. » (article 28)

 

Harcelé jusque dans son intimité

Là où la tendance est nouvelle et bien plus inquiétante, c’est l’explosion d’une autre forme de harcèlement : le cyberharcèlement (ou cyberviolence). Cette nouvelle forme de violence psychologique s’est développée de manière continue depuis les années 2000 avec l’arrivée d’internet, des réseaux sociaux puis la généralisation des smartphones. On entend par cyberviolence un acte agressif, intentionnel, perpétré par un individu ou un groupe d’individus au moyen de courriels, sms, sur les réseaux sociaux ou les jeux en ligne…

Elle se traduit de différentes manières : insultes, humiliations, menaces, diffamation, photos publiées sans autorisation ou modifiées, « happy slapping » (acte de violence – souvent des coups – provoqué, filmé et diffusé), diffusion d’images à caractère pornographique, usurpation d’identité…

Mais là où le simple harcèlement ne dépassait pas les portes de l’établissement scolaire et se limitait au temps scolaire, le cyberharcèlement, lui, n’a aucune limite de temps ni d’espace. Il s’invite partout, tout le temps même dans les moments les plus intimes de l’adolescent, à son domicile, dans sa propre chambre, dans son propre univers.

 

1 collégien sur 5 victime de cyberharcèlement

Une enquête du service statistique de l’Education nationale (Depp) a évalué en 2014 qu’un collégien sur 5 serait victime de cyberharcèlement, soit 20 % d’entre eux, ce qui est considérable. L’étude a mis en évidence le fait que cette violence, virtuelle dans sa forme mais pourtant bien réelle, touchait davantage les filles que les garçons.

Malheureusement, les conséquences de telles souffrances sont identiques pour l’un comme pour l’autre : souffrance émotionnelle (anxiété, dépression), isolement social, somatisation (douleurs/maladies psychosomatiques : maux de tête, de ventre…), décrochage scolaire, absentéisme, conduites addictives, auto-mutilation, idées suicidaires… Elles peuvent alors s’avérer désastreuses pour l’avenir de celui qui les subit de manière répétée et insidieuse. L’adolescence est en effet une phase charnière de la construction de l’individu, une période dynamique et fragile à la fois. C’est à cette âge qu’on construit sa personnalité, qu’on prend confiance en soi, qu’on se mesure aux autres, qu’on rêve, qu’on se projette, qu’on vit pleinement… Subir un tel rapport de force pendant cette période délicate peut modifier de façon conséquente et à long terme le développement psychologique et social de l’enfant, et certains effets peuvent même perdurer à l’âge adulte (mauvaise estime de soi, difficultés à se sociabiliser, sentiment de honte).

 

Parler pour se libérer

Pour endiguer cette souffrance et ses effets néfastes, le seul remède efficace est d’en parler. Cependant, malgré la volonté des personnels d’établissements d’être attentifs au bien-être de leurs élèves, il est souvent difficile de repérer les victimes si elles n’en parlent pas ouvertement.

Depuis 2011, de nombreuses actions ont été mises en place par le gouvernement pour sensibiliser autant les acteurs du système éducatif que les adolescents eux-mêmes. Un accord a notamment été passé avec Facebook (principal réseau social utilisé par les adolescents) et prévoit la fermeture du compte d’un harceleur ou d’un compte usurpé sur simple signalement de l’Education nationale. Un numéro vert, un site internet et une adresse mail ont également été mis en place en partenariat avec l’association e-enfance1 pour répondre à la souffrance des enfants mais aussi à l’inquiétude et aux multiples questions des parents, souvent désemparés face à ce phénomène. Une journée nationale de mobilisation appelée « Non au harcèlement » a lieu depuis 2015 le premier jeudi suivant les vacances de la Toussaint. Elle a pour slogan « La harcèlement, si on n’en parle pas, ça ne s’arrête pas. »

 

Eviter le suicide

Car c’est un fait. Ne pas en parler, c’est laisser perdurer le mal et risquer de perdre le contrôle de sa vie. La forme la plus grave de passage à l’acte est le suicide. La vague de suicides d’ados parfois très jeunes et la médiatisation qui en a été faite il y a quelques années a eu pour impact positif de libérer la parole. De parents tout d’abord que l’on a découverts effondrés, incrédules d’être passés à côté de l’horreur que subissait leur enfant, parfois depuis de nombreuses années. D’élèves ensuite qui, ne se sentant plus seuls, ont brisé la loi du silence et se sont sauvés eux-mêmes.

 

Partager son mal-être, sa souffrance, c’est un premier pas pour sortir de l’isolement, mais encore faut-il trouver une oreille attentive. La famille, les amis, le personnel scolaire, le médecin sont autant de personnes bienveillantes, mais parfois trop proches de la victime qui aura peur d’être jugée. Une écoute anonyme reste donc parfois l’unique solution. Les associations d’écoute ont alors leur rôle à jouer dans cette lutte, d’autant qu’elles sont beaucoup plus présentes sur les réseaux sociaux, au plus proche des adolescents victimes et des potentiels harceleurs. Le dernier clip de prévention « Liker c’est déjà harceler », met en effet tous les ados en garde contre ce petit clic, anodin, qui cautionne un acte de harcèlement, sans en être forcément conscient.

 

1 N° Vert 0800 200 000 de 9h à 19h – www.netecoute.fr

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *