elles imaginent se confier

La mission de l’association Elle’s Imagine’nt : libérer la parole

Les femmes victimes de violences conjugales reçoivent peu d’aide sur le plan psychologique. C’est en partant de ce constat que 2 psychologues ont fondé, en 2009, l’association Elle’s Imagine’nt. Elles ont placé l’accompagnement psychologique et la participation aux groupes de parole au cœur de leurs missions.

Leur objectif : construire un dispositif qui réponde spécifiquement aux besoins des victimes. D’une part, l’homme violent commence toujours par isoler sa femme pour mieux exercer son emprise sur elle. L’accompagnement psychologique et le groupe de parole rompent cet isolement en permettant aux femmes d’échanger librement. D’autre part, beaucoup de victimes sont dans le déni ou banalisent les agressions qu’elles subissent. Dans le groupe, en entendant les histoires des autres participantes, elles se rendent compte par effet miroir de ce qu’elles vivent au quotidien.

Enfin, il existe une forte entraide, chacune partageant son expérience et l’évolution des démarches qu’elle entreprend. Ces rendez-vous hebdomadaires sont de véritables « bulles de douceur » pour les femmes vivant une situation difficile.

Le parcours type débute par un entretien avec une accueillante. La victime se confie souvent pour la première fois et raconte son histoire. Elle se sera écoutée, crue inconditionnellement et aidée. L’accueillante lui proposera, en fonction de ce que la femme souhaite faire, de rencontrer une psychologue clinicienne, une avocate, un coach pour retrouver un emploi, de participer à des ateliers bien-être, etc.

Pour qu’une femme victime puisse agir, il faut qu’elle reprenne confiance en elle, analyse la situation dans laquelle elle se trouve avec lucidité, établisse une stratégie. Puis elle doit rassembler des preuves juridiques, gagner en indépendance (chercher un emploi ou évoluer dans sa carrière pour obtenir une meilleure rémunération, trouver un logement…). Ce cheminement est nécessaire pour partir dans de bonnes conditions, avec ses enfants.

 

Un fléau invisible

« On imagine souvent que les violences conjugales sont des violences physiques, bien visibles », mais l’on se rend compte que 100 % des violences dans le couple sont d’ordre psychologique. À celles-ci s’ajoutent parfois des violences physiques et sexuelles dans un tiers des cas. En outre, rappelons que 1 femme sur 10 est victime en France de violences conjugales : « Lorsque vous voyez 10 femmes dans le métro, dans une entreprise, dans un grand magasin… l’une d’entre elles subit ces violences. Or, aucune n’a de marques ni de bleus. »

De plus, la femme se reconnaît rarement en tant que victime. Sous l’emprise de cet homme, elle pense être la seule fautive. Elle croit également qu’il faut faire des concessions dans le couple, que son mari va finir par redevenir l’homme qu’elle a choisi et aimé. Elle pense qu’une femme victime est battue alors que la violence psychologique a des conséquences catastrophiques et détruit à petit feu.

 

Les étudiantes victimes, elles aussi

L’association intervient aussi auprès des publics jeunes et des étudiants. « Nous nous rendons compte que les étudiantes vivent parfois des situations très violentes, notamment à cause de la place grandissante qu’occupe la pornographie ». De plus en plus de jeunes filles se rendent à l’association et racontent les violences physiques et sexuelles qu’elles ont subies. L’emprise du garçon violent sur elles est d’autant plus forte qu’il s’agit de leur « premier amour ».

 

Et les hommes ?

L’association souhaite sensibiliser les hommes au fléau des violences conjugales. Sa campagne « Je ne supporte pas les bleus« , lancée juste avant l’Euro 2016 et fortement relayée dans les médias, incitait tous les citoyens, hommes et femmes, à devenir des adversaires des violences conjugales. Il faut en effet que la société change, « que nos enfants soient mieux protégés », et cela ne pourra se faire sans l’adhésion de tous.

Notons que les hommes aussi peuvent être victimes de violences au sein du couple. Il leur est alors extrêmement difficile de les dénoncer. Cependant, 14 fois plus de femmes meurent sous les coups de leur conjoint. L’association a donc choisi de se spécialiser dans l’accompagnement des femmes victimes.

 

Une implantation locale

L’association accompagne en face à face toutes les femmes victimes de violences conjugales qui la sollicitent et qui vivent en Île-de-France. Mais elle est contactée par des victimes et des témoins venant de la France entière et même de l’international. L’association assure alors un service de conseil et les oriente vers des associations locales.

Cette aide à distance est d’autant plus précieuse pour les victimes habitant la campagne, souvent isolées et très vulnérables (déplacements difficiles, pas d’anonymat, peu d’associations…).

 

Des prises de contact sous diverses formes

Le premier contact avec l’association se fait en majorité par email ou par téléphone. L’association conseille notamment beaucoup de témoins (parents, enfants, voisins, amis, collègues) ou de professionnels (médecins, assistantes sociales).

Le contact par email se développe de plus en plus notamment auprès des femmes victimes. Elles peuvent écrire en cachette, tard le soir, au moment où les angoisses sont les plus fortes. Pour s’assurer de la sécurité des échanges, nombreuses sont celles qui créent une adresse email spécifique, inconnue de l’homme violent.

Il y a eu, en 2016, plus de 2 700 premiers contacts par email.

 

Des bénévoles au cœur du dispositif

24 bénévoles font partie de la structure ; quasiment tous des professionnels de l’accompagnement. Ils sont très impliqués. Ceux qui n’occupent pas la profession de psychologue, assistante sociale ou avocat suivent une formation de 6 mois. Il est primordial pour nous d’assurer la sécurité et le bien-être des victimes et des intervenants d’où le rôle de la formation et des supervisions qui ont lieu deux fois par mois avec une psychologue.

L’association rémunère quelques heures de présence, ce qui représente en tout un équivalent d’un temps plein.

« Les postulants bénévoles viennent facilement jusqu’à nous ». Nous avons beaucoup de demandes et ne recrutons pas de nouvelle personne pour le moment sauf en ce qui concerne la communication.

 

Notre interlocutrice

Bérénice a été vice-présidente de l’association. Elle a intégré l’association en 2011 et est aujourd’hui responsable de la communication et du développement. « Quelqu’un qui m’est très proche a été touché » nous explique Bérénice, qui n’a pas pu rester passive face à ce fléau. « Il y a urgence à agir. »

Bérénice travaille par ailleurs dans le marketing et la communication. Ce qui l’a le plus marquée est de voir que toute femme peut tomber sous l’emprise d’un homme violent, quels que soient son milieu social, ses études, son tempérament.

Bérénice est aussi touchée par la force des femmes rencontrées. Des femmes qui ont parfois perdu l’estime d’elle-même, leur travail mais aussi un logement voire la garde de leurs enfants. Malgré ces drames, elles vont petit à petit tout reconstruire avec une ténacité et une foi en la vie impressionnantes.

Son expérience à Elle’s Imagine’nt lui a beaucoup appris : « Nous appliquons ici le non-jugement et la bienveillance. Ce sont les maîtres mots de l’association. » 

 

Le mot de la fin

L’association Elle’s Imagine’nt effectue un travail remarquable auprès de ce public encore peu accompagné par les services de l’état, et la société dans son ensemble. Je note une grande évolution des pratiques et la nécessité d’un canal sécurisant et anonyme pour nouer un premier contact avec ces femmes sous l’emprise de la violence.

En outre, ce sujet devrait retenir l’attention des citoyens : chacun a rencontré ou rencontrera dans sa vie une femme victime de violences conjugales. Il suffit d’être sensibilisé et un minimum formé pour l’orienter vers des structures adaptées et changer le cours de sa vie ainsi que celui de ses enfants.

Site internet de Elle’s Imagine’nt

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