Burn-out : les symptômes, les causes et les traitements en 2017

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Burn-out ou simple surmenage ?

 

S’investir dans son travail procure en général un sentiment de satisfaction, d’épanouissement personnel, de reconnaissance sociale pour peu qu’on mène à bien la tâche qui nous est confiée. « Le travail, c’est la santé » chantait ironiquement Henri Salvador en 1965 avant d’ajouter « Les acharnés du boulot n’font pas de vieux os ». Car l’investissement total dans son activité professionnelle peut aussi avoir l’effet inverse. Il arrive que, malgré tous les efforts consentis, un sentiment d’insatisfaction demeure, les objectifs fixés étant de plus en plus difficiles à atteindre, et que le sens même de son travail devienne sans intérêt.

Ce phénomène, dont vous avez très certainement déjà entendu parler, s’appelle le « burn-out » ou «syndrome d’épuisement professionnel ». Connu depuis les années 70 mais observé alors uniquement dans certains corps de métiers, il a surtout été révélé au grand public à partir de 2007 lorsqu’une vague de suicides de salariés a touché de grandes entreprises françaises. Depuis, un tabou est tombé, et ce que l’on pensait réservé à une certaine catégorie de travailleurs touche en fait toutes les catégories socio-professionnelles.

Et vous, comment savoir si vous souffrez réellement de burn-out et que vous ne traversez pas tout simplement une période de surmenage ? A quels signaux d’alerte devez-vous être vigilants ? Quelles solutions permettent actuellement de soigner ce trouble ?

 

Définition du burn-out

 

Le burn-out, ou épuisement professionnel, est caractérisé par l’Organisation Mondiale de la Santé depuis 1969 comme «une fatigue intense, une perte de contrôle, une incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail. » Il est le résultat d’un état de stress chronique et prolongé au sein même du milieu professionnel. Avec des symptômes très proches de la dépression, le phénomène est pourtant bien plus complexe à diagnostiquer.

Le burn-out est la phase finale d’un processus long et insidieux qui peut mettre des mois voire des années à s’installer. Au début, le salarié peut se sentir un peu surmené puis très fatigué mais il ne prête pas forcément attention aux premiers signaux d’alerte (maux de tête, de dos, irritabilité). Il doit redoubler d’effort pour accomplir son travail, y passe plus de temps et s’isole de plus en plus de sa famille, de ses amis. Puis, vient le temps où il n’arrive plus du tout à accomplir ses objectifs, il perd la reconnaissance dans son travail, l’estime de lui-même et commence à laisser percevoir des signes extérieurs de son mal-être, notamment un changement de comportement. L’organisme a brûlé toutes ses réserves, l’épuisement s’installe tant au plan émotionnel que physique et psychique. Et il sera d’autant plus long à soigner.

 

 

Profil des victimes de burn-out

 

En 1969, lorsque la notion d’épuisement au travail a été reconnue par l’Organisation Mondiale de la Santé, il ne concernait qu’une catégorie de travailleurs bien spécifique. Étaient surtout concernés les infirmières, les médecins, les travailleurs sociaux, les enseignants, ces métiers d’aide et de soin où l’engagement émotionnel est fort et l’investissement professionnel et personnel est total.

Aujourd’hui, plus personne n’est à l’abri. De l’ouvrier au chef d’entreprise, tous les profils, toutes les catégories socio-professionnelles sont concernées. Les hommes et les femmes sont touchés en proportions presque égales et aucune catégorie d’âge ne semble plus à risque ou plus protégée qu’une autre.

 

Les causes possibles de cet état d’épuisement

 

Le burn-out intervient lorsqu’un travailleur est soumis de manière chronique et prolongée à un état de stress. D’autres facteurs vont amplifier et aggraver cet état et rendre ce stress impossible à surmonter :

 

  • Faire de son travail le centre de sa vie : il n’y a pas que le travail dans la vie ! La famille, les loisirs, les moments de détente et de rêverie sont indispensables au bon équilibre psychique de tout individu.
  • Ne pas savoir se poser de limites en cas de surcharge de travail : il est nécessaire, même en cas de  surcharge de travail, de s’octroyer des moments de repos, une heure limite de travail par exemple.
  • Ne pas savoir déléguer ou travailler en équipe : partager l’objectif fixé et se faire aider permet d’être beaucoup plus serein dans l’exercice son travail. Il est ainsi moins difficile à supporter.
  • Etre beaucoup trop exigeant envers soi-même : se dire qu’on peut tout gérer, vouloir toujours se montrer sous son meilleur jour, ne jamais montrer le moindre signe de faiblesse n’est pas naturel. L’erreur est humaine il faut savoir connaître ses limites et s’octroyer un peu de marge d’erreur.
  • Devoir gérer d’autres responsabilités en dehors du travail : gérer le quotidien de la famille, la maison, s’occuper des enfants, de parents ou d’un proche dans le besoin, être investi dans une association peut devenir extrêmement fatigant à la longue quand on a, de surcroît, un travail prenant
  • Etre perfectionniste dans tous les aspects de son travail, sans tenir compte des priorités : il est nécessaire de bien s’organiser pour ne pas se sentir submergé par toutes les petites tâches à accomplir pour remplir un objectif. Agir par priorité et toujours garder en tête que certaines tâches demandent plus d’attention et de perfection que d’autres.
  • Avoir trop de conscience professionnelle : tout comme les problèmes familiaux doivent rester à la porte de la maison, les problématiques professionnelles ne doivent pas passer la porte du bureau. Inutile de les emmener chez soi à l’issue de sa journée de travail.

 

Les nouveaux modèles économiques fragilisent encore plus les travailleurs. L’hyper-connectivité demandée dans certaines entreprises, le fait de devoir être joignable le soir, les week-ends et parfois même pendant ses congés ne permettent plus de s’octroyer de moments de repos, indispensables au bien-être de chaque individu. On nous demande d’aller toujours plus vite, d’être réactif, de se montrer sous son meilleur jour. Mais ce rythme n’est pas compatible avec le rythme biologique de notre corps. Il faut pouvoir décrocher et s’accorder des moments à soi, sinon, c’est lui qui dit « stop ».

 

Les symptômes du burn-out

Tout au long du processus conduisant au burn-out, le corps envoie des signaux d’alerte, souvent physiques, mais ils sont malheureusement souvent mis sur le compte d’un simple surmenage. Il est primordial de savoir les détecter car ils permettront de prendre conscience de l’état d’épuisement qui est train de s’installer. En écoutant son corps, on peut remédier à la source même du problème, la gestion du stress, et revoir la façon de considérer son travail et de l’exercer. On doit par exemple s’alarmer quand la fatigue ressentie n’est pas récupérée lors d’une phase de repos, contrairement au surmenage.

A l’inverse, si les symptômes sont ignorés, si on laisse la fatigue s’installer et que l’on cherche sans cesse à la combattre, par l’utilisation de psychotropes par exemple, calmants ou excitants, la chute sera rude. Plusieurs mois voire plus années après le début des premiers signaux d’alerte, c’est  l’effondrement. Le corps a brûlé toutes ses réserves, il est épuisé émotionnellement, psychologiquement et physiquement. Il le manifeste de différentes manières, au travers de différentes maladies, rendant ainsi le diagnostic du burn-out encore plus difficile à établir.

Les symptômes physiques et psychologiques qui figurent ci-dessus se retrouvent seuls ou combinés chez les individus souffrant d’épuisement professionnel, au début ou à la fin du processus. Ils varient d’un individu à l’autre.

 

Symptômes physiques

  • une fatigue persistante
  • des douleurs musculaires, maux de tête, de dos
  • des problèmes digestifs, de type ulcère à l’estomac
  • un sommeil perturbé, non réparateur
  • des problèmes de peau de type eczéma
  • une perte ou une prise de poids inhabituelle
  • des infections plus fréquentes (rhume, grippe, otite, sinusite…)
  • dans les cas les plus graves, des accidents cérébraux et cardiaques

 

Symptômes psychologiques

  • Irritabilité, colères spontanées, pleurs fréquents
  • Crises de panique
  • Démotivation constante pouvant conduire à un désintérêt total pour son travail
  • Cynisme et sentiment de frustration dans la réalisation de ses tâches
  • Incapacité à être satisfait de son travail, sentiment d’être incompétent
  • Envie de s’isoler, sentiment d’échec
  • Diminution de la confiance en soi
  • Anxiété, inquiétude et insécurité
  • Difficulté à se concentrer, pertes de mémoire
  • Indécision, confusion
  • Violence
  • Dépression
  • Dans les cas les plus graves, idées suicidaires,

 

Le traitement du burn-out

 

Le burn-out ou syndrome d’épuisement professionnel n’est pas considéré par le corps médical comme une maladie mentale ou un trouble mental mais plutôt comme un trouble d’adaptation. La cause principale en est le stress et l’anxiété. C’est donc cela qu’il va falloir traiter en priorité.

Et il n’y a pas de remède miracle. Le repos est la première des prescriptions qu’un médecin fera à son patient. Un arrêt de travail de plus ou moins longue durée permettra de s’extirper de ce cercle vicieux et de se concentrer sur un seul et unique objectif : se rétablir.

La psychothérapie fait partie intégrante du traitement et aidera le patient à se reconstruire, à retrouver son identité et le désir de travailler. Elle est essentielle au processus de guérison autant que le repos. Dans de rares cas, elle sera complétée par des anxiolytiques et des antidépresseurs.

L’activité physique est également recommandée pour combattre les effets du stress, en plus d’assurer une bonne hygiène de vie. Elle facilitera aussi la récupération de l’organisme tout comme le repos et les exercices de relaxation (sophrologie, yoga…).

Toutes ces préconisations permettant de soigner après coup le burn-out peuvent également servir de prévention. Faire du sport, se reposer, avoir d’autres centres d’intérêts dans la vie que son travail sont autant de gestes simples qui permettront de gérer son stress au quotidien et d’épargner à son corps une telle souffrance.

 

 

La reconnaissance comme maladie professionnelle

 

La loi française définit la maladie professionnelle comme la maladie et l’état de santé d’un salarié ayant un lien direct avec son activité professionnelle ou ses conditions de travail.

Pour un salarié, voir sa maladie reconnue comme maladie professionnelle lui permet d’avoir plus de droits. Si sa pathologie l’oblige à s’absenter souvent de son travail, il pourra bénéficier de conditions d’indemnisation particulières et d’une protection spéciale contre le licenciement. S’il ne peut plus travailler, le médecin pourra le considérer comme inapte au poste et le salarié pourra obtenir la reconnaissance d’une invalidité et éventuellement percevoir une rente.

Or, le syndrome d’épuisement professionnel n’est à ce jour pas encore reconnu comme maladie professionnelle comme le sont par exemple les affections liées à l’exposition à l’amiante, certains cancers, hépatites ou encore la manutention manuelle de charges lourdes. La multiplicité des facteurs et des symptômes, la durée du processus rendent le diagnostic extrêmement difficile.

En 2015, le Sénat a retiré du projet de loi sur le dialogue social la question de l’inscription du burn-out au tableau des maladies professionnelle.

A l’heure actuelle, seuls les comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) sont habilités à statuer sur la reconnaissance de la maladie professionnelle d’un salarié.

Chaque demande d’un salarié est examinée par trois experts : un médecin inspecteur du travail, un professeur d’université-praticien hospitalier et un médecin conseil régional de l’Assurance maladie.

Le salarié doit avoir constitué un dossier complet et très précis pour établir de façon certaine le lien entre son état et son activité professionnelle : des certificats médicaux, la description du poste et des situations pouvant être à l’origine du trouble, l’avis du médecin du travail, l’avis du CHSCT, des témoignages de collègues de travail.

Après un examen minutieux, le comité d’expert décide si l’état d’épuisement du travailleur peut être imputable ou non à ses conditions de travail. Mais l’attente peut être extrêmement longue. Le comité régional Ile-de-France a, par exemple, reçu plus de 400 demandes en 2016 et la durée de traitement des dossiers s’allonge pour atteindre plus d’une année entre le dépôt du dossier et l’avis du comité. A noter cependant que pour la même période, le taux de refus a diminué de 40%. Ce chiffre serait-il le signe d’une inscription prochaine du burn-out dans le tableau des maladies professionnelles ?

 

 

Le cas du japon

 

Il y a pourtant un pays où le burn-out a été inscrit au rang des maladies professionnelles depuis bien longtemps. Connu pour sa conception toute particulière du monde du travail et de l’investissement de ses salariés, le japon l’a reconnu depuis 1975 comme maladie professionnelle. On l’appelle « Karoshi » ou « mort par sur- travail », le plus souvent par crise cardiaque ou suicide. Une dizaine de cas sont reconnus chaque année mais là aussi, certains estiment que le phénomène est bien plus répandu et que d’autres décès peuvent lui être imputés, notamment des victimes de troubles cardio-vasculaires.

Il y a quelques années à Londres, un jeune stagiaire d’un établissement bancaire succombait à une crise cardiaque après 72 heures de travail d’affilée… à seulement 21 ans, victime lui aussi d’un épuisement par le travail.

Moralité de l’histoire : on passe bien plus de temps au travail qu’avec ses familles et ses amis, alors autant faire en sorte que ce soit un plaisir d’aller au boulot. Mais pour cela, il sera peut-être nécessaire de transformer le rapport que nous avons au travail, inventer de nouvelles façons de travailler ou de manager une équipe. Mieux vaut toujours prévenir que guérir.

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Pour savoir si vous êtes en situation d’épuisement professionnel ou si vous êtes un profil à risque, passez-le test ! http://www.masef.com/scores/burnoutsyndromeechellembi.htm

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